Chronique d’une transition sanguinaire pilotée par Ariel Henry

La Lettre de Lubérice (LLL005)

Ariel Henry avait la mission de renforcement des institutions démocratiques. Il a marché dessus pour asseoir un pouvoir personnel, tyrannique. Il accapare tous les pouvoirs régaliens de l’État en dominant la Primature, la Présidence, les ministères de l’intérieur et de la justice. Il fait et exécute les lois. Il nomme les Membres des Conseils d’Administration des organismes autonomes, les Directeurs généraux, les Délégués et les Maires. Il ne connaît aucun contrôle réel et n’a de compte à rendre à personne. Il a promis à ses alliés de rendre le pouvoir le 7 février 2024, après avoir institué la transition la plus longue et la plus sanglante de l’histoire nationale. A l’approche de cette date fatidique, il tergiverse, cherchant par tous les moyens à garder le pouvoir. Il téléguide des éléments du pouvoir judiciaire pour régler ses comptes avec des opposants politiques. Il s’en sert pour tenter de se blanchir des accusations de participation active dans l’assassinat du Président Jovenel Moïse.

Ils nous ont promis une transition de rupture. Ils ont réalisé une transition sanguinaire. Même des gens avisés semblent y avoir cru. Myrlande Manigat, nous ayant promis de ne prendre part à aucune entreprise « nihiliste », c’est-à-dire n’ayant aucune assise constitutionnelle, est aujourd’hui présidente du HCT (Haut Conseil de la Transition); institution créée de toute pièce sans aucune provision constitutionnelle. Le HCT sert de décor à la transition sanguinaire. Le Document cadre de la transition, du 30 janvier 2021, de l’opposition politique d’alors – actuellement au pouvoir – avait été présenté comme un moment significatif dans l’histoire récente d’Haïti. Ce sera plutôt un moment très significatif pour la mise en enfer d’Haïti.

La transition de rupture annoncée violemment comme un deuxième acte fondateur national n’est ni plus, ni moins qu’une entreprise meurtrière de destruction de l’État, de l’économie et du peuple, dans sa chair et dans son sang.

Lorsque nous parlons de destruction de l’État, ce n’est pas une figure de style mais une réalité bien sensible et mesurable. L’Etat s’est historiquement constitué par un processus de monopolisation de la violence, c’est à dire de la contrainte physique; et de monopolisation de la fiscalité, à savoir la faculté d’imposer les citoyens ou les sujets. Or, aujourd’hui, l’État central d’Ariel Henry partage cette compétence avec plus d’une centaine de groupes criminels, répartis sur tout le territoire national. Ceux-ci évoluent, agissent en toute quiétude. On notera, pour illustration, ce groupe qui, depuis plus de six mois, établit un check-point permanent à Morne à Cabri, une route nationale où, sous peine de séquestration, de menaces de mort et/ou d’assassinat, tous les usagers sont obligés de payer une rançon.

Ce phénomène abject s’est normalisé au point où les citoyens paient les hors-la-loi sans hésiter, comme s’il s’agissait de représentant d’une entité légale et légitime.

L’actuel ministre de la défense nationale, qui avait un temps été ministre sous Jovenel Moïse, doit avoir encore en sa possession le plan de reconstruction de l’armée d’Haïti qui alors lui avait été soumis. Il y était, entre autre, prévu le recrutement et la formation d’au moins cinq mille hommes et femmes. Cependant, se soumettant aux pressions des ambassades étrangères et des groupes sociopolitiques affidés, ayant juré de faire disparaître l‘Etat d‘Haïti en le privant de son armée, tous les ministres de la défense se sont royalement moqués, avec doigté, du Président et de son plan.

Pourtant, compte tenu de l’effondrement de l’appareil sécuritaire, qui était déjà problématique avant le meurtre de Jovenel Moïse, un peu d’intelligence politique et patriotique aurait poussé l’équipe au pouvoir depuis 2021 à matérialiser ce plan militaire. En réalité, comme de bons marchands de Patrie, Ariel Henry et ses ministres ont choisi de publier dans Le Moniteur (journal officiel de la République), une résolution humiliante sollicitant une occupation militaire étrangère. Depuis deux ans, cette demande d’occupation est gérée comme une patate chaude dans les instances internationales multilatérales. Les grands amis d’Haïti n’entendent pas assumer seuls la chronique de cet échec annoncé. Alors, ils sous-traitent l’occupation avec un pays de l’Afrique orientale qui ressemble à Haïti: le Kenya. Ce sera un parfait paravent.

Avec l’assassinat de Jovenel Moïse, l’État s’est effondré. L’ordre public s’est totalement effrité. Tous les citoyens le savent, le vivent au quotidien. Mais les « décideurs » feignent de ne pas comprendre. Il a fallu que quelques milliers de personnes, à travers le pays, suite à un appel à la “désobéissance civile” lancé par l’ancien Sénateur de la Grand’Anse Guy Philippe, descendent dans les rues manifester leur désarroi, pour que la hiérarchie de la police nationale publie une note convoquant tous les policiers à leur poste d’affectation.

Entendons -nous, du point de vue du gouvernement, si la menace avait été les bandits, des mesures sérieuses auraient été prises il y a bien longtemps pour rétablir l‘ordre. La menace à l’ordre public c’est plutôt le peuple qui tente de dénoncer sa condition inhumaine d’existence et non les bandits qui pillent, violent, kidnappent et tuent par milliers.

                       (Lire la suite dans la Lettre LLL006)

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