L’arrivée au pouvoir du putschiste Ariel Henry a anéanti tout espoir d’aboutissement de l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse

La Lettre de Lubérice (LLL001)

Belladère, le 29 novembre 2023

Le 20 juillet 2021, l’installation d’Ariel Henry à la Primature a consacré l’acte final du coup d’État du 7 juillet de la même année, réalisé en plusieurs étapes. Il s’agit d’abord de l’assassinat du Président Jovenel Moïse, ensuite de la légitimation du coup par la “Communauté internationale” – cette dernière s’étant arrangée pour placer les putschistes au pouvoir – enfin, de la mise à l’écart des éléments pouvant résister à la matérialisation des objectifs du coup d’État.

Ces objectifs sont la remise de l’État aux oligarques corrompus déchus par Jovenel Moise, la mise à mort de tous les chantiers laissés par le président assassiné et la suppression pure et simple de sa mémoire. Ce faisant, un message fort est envoyé à tous les éléments de l’arrière-pays et des ghettos pour qu’ils sachent le sort qui leur sera réservé, si d’aventure ils osent remettre en question le statu quo.

Toutes ces étapes, telles que définies précédemment, n’avaient pas été prévues dans le plan initial. Les putschistes ont dû s’adapter au gré des événements. Le coup du 7 juillet avait été précédé d’une campagne de diabolisation de Jovenel Moïse et de tous ceux qui le soutenaient, de manifestations et de distributions d’armes à feu dans les quartiers populaires en vue de paralyser l’économie, exaspérer le peuple et forcer le Président à la démission. Toute cette campagne avait été financée par les oligarques corrompus de Port-au-Prince pour ne pas dire Pétion-Ville.

Soit dit en passant, l’identification des financeurs des troubles sociaux contre Jovenel Moïse est un indicateur intéressant pouvant conduire à la source de financement de l’assassinat.

Le plan initial du coup d’État consistait à prendre le pouvoir le soir même de l’assassinat. Tout un dispositif avait été en ce sens mis en place autour du Premier ministre nommé, non encore investi, et du Palais national. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Tous les mercenaires n’ont pas eu le temps de s’enfuir. A travers le Conseil des ministres, nous avons pu rapidement reprendre le contrôle de la situation, procédé aux premières arrestations, fait basculer le plan initial dans la plus complète incertitude pendant quelques jours. Ne serait-ce cet interlude où Claude Joseph a présidé le Conseil des ministres et le Conseil supérieur de la police nationale, l’histoire de l’assassinat de Jovenel Moise aurait été toute autre. Aujourd’hui, on aurait affaire à une toute autre narration.

N’ayant pas été déterminé à garder le pouvoir, après le choc de l’assassinat de Jovenel Moise, nous avons de fait échoué dans la seconde partie de l’enquête qui est l’identification et la mise aux arrêts de tous ceux qui ont financé le magnicide. La prise du pouvoir par Ariel Henry a fait voler en éclat tout espoir d’aboutissement de l’enquête. Il en sera ainsi tant qu’il s’accroche à cette fonction cumulée, rendue fictive, de Premier ministre, de Président, de ministres et j’en passe. Le putschiste se sent tellement confortable qu’il rêve d’organiser sa propre élection pour légitimer sa fonction présidentielle.

Ariel Henry jouit du soutien des Ambassades occidentales en Haïti, celles qui ont intimé à Claude Joseph de lui céder la place. Pourquoi ces mêmes Ambassades qui, durant les premières heures ayant suivi l’assassinat, avaient semblé soutenir les actions du Conseil des ministres ont tout à coup changé d’attitude? Je traiterai de cet aspect dans une autre lettre…

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